Alstom-Siemens : le manque d’informations nourrit le doute

Lettre à Bruno Le Maire

Huit mois après l’annonce par Alstom et Siemens Mobility de leur intention de fusionner, aucune stratégie ne s’est depuis clairement dessinée. Pire encore, des questions pourtant essentielles pour les salariés demeurent sans réponse. Quel serait par exemple l’impact sur les emplois d’un tel rapprochement ? Quel avenir pour le consortium Alstom – Bombardier qui a fait la démonstration d’une belle coopération pour répondre aux commandes publiques de nos régions ? Quelles seraient les conséquences sur les conditions de travail dans les deux pays ? Et plus largement, quelles sont les perspectives pour l’industrie des équipements ferroviaires en Europe ?

Les salariés d’Alstom sont d’autant plus troublés et inquiets que leur entreprise affiche de très bons résultats, symbolisés par un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros pour un bénéfice net en hausse de 64% à 475 millions d’euros. Dès lors, notre fleuron du ferroviaire, dont la profitabilité est en constante progression, soutenue par une croissance à 9%, doit-il dès lors se jeter dans les bras de Siemens sans aucune garantie ? Et cela alors même qu’Alstom a déjà engrangé, entre le 1er avril 2017 et le 31 mars 2018, des commandes pour un montant de 7,2 milliards d’euros.  C’est sans doute pour ces raisons, conjuguées à l’absence de visibilité, que les quatre représentants français des syndicats français ont émis un vote négatif au sein du comité de groupe européen d’Alstom le 8 février dernier.

En France, les 8 500 emplois directs chez Alstom et les 500 chez Siemens doivent être préservés. Et si l’on inclut les centaines de sous-traitants en lien avec Alstom, c’est plus de 33 000 emplois qui sont concernés. Mais ce n’est pas tout. Le groupe canadien Bombardier, qui emploie plus de 1 500 personnes à Crespin, dans le Valenciennois, à quelques kilomètres du site d’Alstom à Petite-Forêt, s’interroge lui-aussi. Dans quelles conditions répondre aux futurs appels d’offres, si aucun partenariat au sein d’un consortium n’est plus possible avec Alstom comme c’était jusqu’ici le cas ? Le risque serait grand alors de voir le groupe Bombardier s’allier avec d’autres partenaires, comme le chinois CRRC par exemple, ou même de vendre sa filière ferroviaire, comme cela a déjà été évoqué par certains médias.

Le manque d’informations nourrit le doute parmi les salariés concernés par l’alliance entre Alstom et Siemens, dont plusieurs milliers travaillent dans le Valenciennois. C’est la raison pour laquelle je souhaite faire avec vous un point complet sur le dossier.

 

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