Confiance dans la vie politique : explication de vote

Retrouvez ci-dessous l’intervention que j’ai prononcé au nom du groupe GDR à l’assemblée nationale dans le cadre des débats sur la loi de moralisation de la vie politique :

L’intégralité de cette intervention :

En quelques jours, pendant le débat, les bénéficiaires des APL ont perdu 5 euros par mois et les plus riches ont gagné 3 milliards avec la suppression de l’ISF, sans compter quelques scandales qui ont encore éclaboussé la vie politique. Comment voulez-vous que les Français retrouvent confiance dans la vie politique, qu’ils retrouvent le goût d’aller voter, si leur vie ne s’améliore pas et si les inégalités et les injustices perdurent ?

Oui, il fallait répondre aux affaires qui ont émaillé la campagne de l’élection présidentielle. Les Français ont demandé que des mesures soient prises dans ce sens, et ces deux projets de loi en comportent un certain nombre. Mais, en même temps). On est loin des mesures que nous aurions dû prendre pour restaurer véritablement la confiance des Français envers les politiques publiques.

Vous n’avez pas voulu vous attaquer au pouvoir de l’argent, qui pourrit les consciences et corrompt toute notre économie. Vous n’avez pas voulu encadrer plus que cela la pression des lobbies sur nos choix politiques ni mettre en place une cloison étanche entre les hauts fonctionnaires des finances et les milieux bancaires. Vous n’avez pas non plus voulu mettre enfin à l’ordre du jour une grande loi de séparation de la finance et de l’État, à l’image de celle de 1905 entre l’Église et l’État.

Vous avez cédé aux injonctions de Bercy qui a tout fait pour garder la main sur ses prérogatives. À vingt voix près, le verrou de Bercy est maintenu : le ministre de l’économie restera le seul à pouvoir transmettre à la justice de notre pays les dossiers des délinquants de la finance.

Il va rester dans notre pays deux justices, selon que vous êtes puissant ou misérable. Voilà la mesure de justice et de confiance dans l’action publique que nous aurions pu prendre ensemble à l’encontre de ces délinquants. Sur tous les bancs de l’Assemblée nationale, des Républicains aux communistes, et même parmi la majorité, nous étions prêts à faire sauter cette mesure totalement injuste et inéquitable entre les contribuables. J’espère sincèrement que nous aurons l’occasion, dans les prochains mois, de revenir sur cette décision.

Vous n’avez pas voulu encadrer le départ dans le privé des hauts fonctionnaires, régulièrement mis en cause dans des conflits d’intérêts scandaleux. Des associations, des économistes et des ONG nous alertent tous régulièrement sur ces dérives qui permettent à la finance d’étendre ses réseaux et de prendre la main sur notre économie. Cela se passe en France et en Europe, et cela va continuer.

Enfin, vous avez même profité de ce projet de loi organique pour supprimer, avec la réserve parlementaire, les 800 millions d’euros de dotations accordés sur cinq ans aux collectivités et aux associations, sans réaffecter cette somme, alors que nos communes et nos villages vont connaître une nouvelle purge de 13 milliards d’euros. Encore une fois, Bercy a gagné – M. Darmanin va se frotter les mains – mais notre France des villages saigne un peu plus ce soir.

Madame la garde des sceaux, ces deux lois auraient pu redonner du sens et de l’importance à la politique, à nos missions et à celles des 550 000 élus de notre pays. Elle aurait pu, dès maintenant, redonner ses lettres de noblesse à la politique, à notre rôle et à celui du Parlement. Redonner confiance dans l’action politique, ce n’est ni de droite ni de gauche ; c’est un problème de fond, grave. Nous aurions dû prendre le temps d’y travailler et de trouver ensemble les meilleures réponses pour notre pays.

Pour notre part, nous restons sur notre faim. Malgré quelques avancées, ces deux textes ne contiennent aucune disposition empêchant que ne se reproduisent les scandales qui ont fait la une de deux quotidiens en deux jours. Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons pas voter ces deux projets de loi ; nous nous abstiendrons.

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